Lunettes de vue

Des verres pour lire plus longtemps

Date
v. 1286
Époque
Moyen Âge
Palier
III Artisanat & cités
Difficulté

Planche

Légende
  1. 1Lentille de verre biconvexe
  2. 2Cercle en os
  3. 3Manche
  4. 4Rivet de fer
  5. 5Ligature en fil de cuivre

Anatomie

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Les lunettes sont deux lentilles tenues par une monture devant les yeux pour corriger la presbytie, l'hypermétropie, la myopie ou l'astigmatisme. Apparues en Italie dans les années 1280 pour aider les personnes âgées à lire, elles ont reçu des verres pour myopes au XVe siècle et des branches au XVIIIe.

Ce que c’est

Les lunettes placent une lentille devant chaque œil, pour que la lumière arrive sur la rétine déjà déviée de la bonne quantité. Les premières aidaient les gens de quarante ans et plus à lire et à faire des travaux fins, quand la mise au point à distance de lecture était devenue difficile.

La paire de la planche est le modèle le plus ancien, les lunettes à rivet des XIVe et XVe siècles. Chaque verre est serti dans un cercle taillé dans l’os, le bois ou la corne. De chaque cercle part un court manche, et les deux manches sont réunis par un seul rivet. Il n’y a pas de branches : le rivet repose sur l’arête du nez et les cercles pincent le nez de chaque côté. Le porteur doit garder la tête droite, ou tenir ses lunettes d’une main.

Comment ça marche

Un dôme de cristal de roche posé sur une feuille séchée, qui grossit les nervures en dessous La pierre de lecture, un dôme de cristal ou de verre posé sur la page, est la loupe qui a précédé les lunettes.

Dans l’œil, un cristallin souple change de forme pour mettre au point de près ou de loin. Avec l’âge il durcit, et le point le plus proche que l’œil voit net s’éloigne : à quelques centimètres du visage chez l’enfant, il finit hors de portée des bras chez la plupart des gens de soixante ans. C’est la presbytie, et c’est pourquoi les premières lunettes furent des lunettes de lecture.

Une lentille convexe, plus épaisse au centre qu’au bord, fait converger un peu la lumière avant qu’elle n’entre dans l’œil, et accomplit ainsi une partie du travail que le cristallin ne fait plus. Les opticiens mesurent cette puissance en dioptries, l’inverse de la distance focale en mètres. Un verre de lecture de +2 dioptries concentre la lumière parallèle en un point situé à 50 cm derrière lui.

La myopie est un autre défaut de mise au point, qui peut s’ajouter à la presbytie. Le globe oculaire est un peu trop long, ou son optique trop forte, et le lointain devient flou. Une lentille concave, plus mince au centre, écarte légèrement la lumière avant l’œil et repousse l’image sur la rétine. On taillait déjà de tels verres à Florence au XVe siècle. Dans l’astigmatisme, la puissance de l’œil diffère selon deux directions perpendiculaires, si bien que les lignes d’une certaine orientation sont plus floues que les autres. Le corriger demande un verre plus courbé dans un sens que dans l’autre, et de tels verres sont venus bien plus tard.

Comment les fabriquer

Une paire de lunettes à rivet comme celle de la planche demande deux lentilles, un morceau d’os ou de bois dur, du fil de cuivre et un petit rivet.

Un outil de polissage en bronze sur un bloc de bois, un verre brut fixé à la poix sur un manche, un pot d’abrasif et une peau Le verre brut, fixé à la poix sur un manche de bois, était usé à l’abrasif mouillé dans un outil de bronze, puis poli sur une peau.

Se procurer les verres. Pour une paire à travers laquelle on regardera vraiment, récupérer deux verres sur des lunettes loupes du commerce. Les tailler soi-même relève de la démonstration historique : comme un lunetier, on use un disque de verre d’environ 4 cm à l’abrasif mouillé dans un outil creusé à la courbure voulue, en passant à des grains de plus en plus fins, puis on le polit au rouge à polir sur une peau ou un feutre. Pour un verre ordinaire de +2 dioptries, chaque face doit avoir un rayon de courbure d’environ 50 cm : la courbe est très faible. Un verre taillé à la main n’aura pas une puissance exacte, et son centre optique ne sera pas aligné sur vos pupilles.

Découper les cercles. Tracer au compas deux cercles un peu plus grands que les verres sur une plaque d’os ou de buis, et les découper à la scie fine en laissant sur chacun une languette pour le manche. Creuser à l’intérieur de chaque cercle une rainure en V qui recevra le bord du verre.

Fendre et ligaturer. Scier chaque cercle du côté opposé au manche. Ouvrir légèrement l’anneau, glisser le verre dans la rainure, puis refermer la fente en enroulant plusieurs tours de fil de cuivre fin autour de deux petits tenons laissés de part et d’autre.

Riveter les manches. Percer un petit trou au bout de chaque manche, les superposer et poser un rivet de cuivre ou de fer, mâté juste assez pour que les deux moitiés puissent encore se replier. Limer de petites encoches sur le bord intérieur, là où les cercles touchent le nez, pour qu’ils tiennent mieux.

Sécurité. Travaillez le verre mouillé et portez un masque anti-poussière : les poussières de verre et d’abrasif abîment les poumons. Protégez vos yeux pour percer l’os et couper le fil, et manipulez le verre taillé avec précaution. Ne regardez jamais le Soleil à travers une lentille, et n’en laissez jamais une au soleil près de papier ou de bois : elle peut mettre le feu. Cette paire est une réplique : ne la portez pas à la place de lunettes prescrites et ajustées par un professionnel de la vue, et ne conduisez jamais avec.

Histoire et évolution

On grossissait l’écriture avec des cristaux et du verre polis bien avant les lunettes. L’idée de monter une lentille dans une monture devant chaque œil est née en Italie vers 1280-1290. On ignore où exactement : on avance souvent Pise et Florence, et une ordonnance vénitienne de 1300 punissait déjà les verriers qui vendaient pour du cristal de roche des « disques pour les yeux » en verre. Dans un sermon prononcé à Florence en 1306, le dominicain Giordano da Pisa affirmait que l’art de faire des lunettes n’avait pas encore vingt ans, et qu’il avait parlé avec l’homme qui en avait fait les premières. Son nom ne nous est pas parvenu.

La plus ancienne peinture de lunettes connue est une fresque de 1352 de Tommaso da Modena, dans la salle capitulaire de San Nicolò à Trévise : un cardinal dominicain y lit avec des lunettes à rivet. Les montures elles-mêmes survivent rarement. Une paire en os du XVe siècle a été retrouvée à Trig Lane, au bord de la Tamise à Londres, à une époque où la ville importait chaque année des milliers de lunettes des Pays-Bas. En 1466, le duc de Milan en commanda deux cents paires classées par âge, signe que les puissances des verres étaient déjà assez normalisées.

Lunettes d’acier de la fin du XVIIIe siècle, aux branches terminées par des anneaux, chaque verre divisé en deux moitiés selon une ligne horizontale Doubles lunettes de la fin du XVIIIe siècle : verre de loin en haut, verre de lecture en bas.

Au début du XVIe siècle, les lunettes corrigeaient la myopie aussi bien que la presbytie, et des ponts en cuir ou en fanon de baleine remplaçaient le rivet. Vers 1730, on attribue à l’opticien londonien Edward Scarlett l’ajout de branches rigides qui appuyaient sur les tempes. Dans des lettres de 1784 et 1785, Benjamin Franklin décrivait ses « doubles lunettes », dont chaque verre servait pour moitié au loin et pour moitié à la lecture. Le pince-nez, tenu par un ressort, est venu au XIXe siècle, puis au XXe les montures en plastique, les verres organiques, plus légers, et plus tard les verres à haut indice, plus minces.


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